Aujourd’hui, nous nous sommes levées tôt, rendez-vous à 7h30 à l’arrêt de bus. Le choc culturel, pour les Suédois c’est une heure normale, pour nous…
Nous sommes allées à Lilla Sätra, une école juste derrière chez nous. Je voulais vraiment voir cette école, elle est située dans notre quartier, qui est considéré, par les habitants de Gävle, comme une banlieue peu recommandable. Ici, il y a beaucoup d’immigrants et de sans emploi. Le quartier est à l’écart par rapport au reste de la ville. Bref comme là où je travaille à Argenteuil mais pas dans les même proportions. Ici il y quand même beaucoup d’espace, de nature et les immeubles ne ressemblent pas à des cages à lapins.
Donc Cécile, Maria (une Suédoise de mon groupe de travail) et moi, nous sommes parties vers l’école. De l’extérieur : toujours pas de barrières à la cour. De l’intérieur : une maison très accueillante. Les enfants se baladaient comme bon leur semblaient, en chaussette comme d’habitude en Suède. Cela ressemblait à une grande maternelle, dans le mobilier, la façon d’accueillir les enfants, les activités…
Chercher la différence !!!

Stefan, le professeur des écoles, nous a super bien accueilli. Il en faisait de même avec tous ses élèves, avec un petit mot gentil, ce temps était super important vu que les enfants rentraient des vacances. On sentait que les élèves (dans leur année de 6 ans) étaient heureux de rentrer en classe. Certaines filles nous l’ont dit et ont même rajouté que les vacances c’étaient ennuyeux. Avant d’entrer en classe, Stephan les a accueillis une nouvelle fois avec une poignée de main et un bonjour nominatif. J’ai trouvé que ce bonjour n’était pas qu’une simple politesse, chaque enfant s’est senti à l’aise et à sa place. Stephan a pu aussi voir individuellement comment chacun se sentait.
Par la suite, nous avons assisté à un regroupement, en rond autour d’un tapis, pour l’appel. Ensuite les enfants ont parlé de ce qu’ils avaient fait pendant les vacances. Chaque enfant a parlé à tour de rôle, ça a duré plus de 30 minutes et les enfants sont restés sages.
Certains enfants étaient agités mais l’enseignante était très calme. La seule fois où elle s’est énervée fut quand elle a demandé à un enfant de s’asseoir à coté d’elle. L’enfant en question s’est calmé et il y a eu ensuite un geste de complicité entre lui et la maîtresse.
Dans cette école, il y a un grand climat de confiance. On peut sentir la bienveillance de enseignants et tous ont eu le même discours que je pourrais traduire par : c’est génial d’avoir autant d’enfants de cultures différentes. Ce discours ne m’a pas paru langue de bois comme dans beaucoup de bouches en France. Nous avons pu voir que beaucoup de choses étaient mises en place pour faciliter l’intégration des enfants :
- Ils ont des professeurs de neuf langues différentes qui peuvent intervenir en cas de besoin pour qu’un enfant ne comprenant pas une notion à cause de la langue suédoise puisse l’acquérir. Nous avons rencontré les professeurs d’arabe et de somalien. Nous arrivions presque à nous comprendre sans traducteur, c’était génial.
- Les enfants apprennent des chansons dans leurs langues respectives et les apprennent aux autres. Nous avons appris que le vendredi beaucoup de chants sont prévus au programmes et les enseignants les connaissent… quel leçon de respect et d’ouverture. Lors du rassemblement de l’après-midi, les enfants nous ont chanté Frère Jacques dans plusieurs langues, je n’ai pas réussi à toutes les compter !! C’était magique.
- Il y a une classe pour les nouveaux arrivants, pour que les enseignants puissent les accueillir dans de bonnes conditions. L’enseignante paraissait passionnée et je veux absolument retourner la voir. Elle parlait avec une telle bienveillance et compassion pour les enfants. On sentait le respect, la curiosité saine envers leur culture et la notre y compris. Elle nous expliquait qu’elle tentait de rendre l’école la plus accueillante pour les enfants car certains avaient un passé tellement lourd qu’elle voulait être un adulte stable pour que les enfants puissent se sentir en sécurité.
Les enfants étaient très curieux de nous voir. Certains nous regardaient de loin en rigolant, d’autres sans bouger mais en observant ou en écoutant chacun de nos mots, certains se sont osé à poser des questions et se sont tenté à dire quelques mots en français. C’était vraiment très amusant de décrypter ce qu’ils disaient et en même temps frustrant de ne pas pouvoir communiquer plus. Ce qui était intéressant, c’est que les élèves nous considéraient comme faisant partie des leurs car on pouvait ressentir les mêmes difficultés qu’eux : nous ne parlions pas suédois, on ne pouvait pas tout comprendre ni tout dire. J’ai vraiment senti un partage aujourd’hui et le sentiment de comprendre beaucoup de chose de l’intérieur.
Durant la journée, il nous a fallu un traducteur. Nous en avons eu deux Maria et Shashi. La première est une suédoise de mon groupe de travail. Je n’arrive pas encore à savoir qui elle est car elle ne s’exprime pas beaucoup. Je ne sais pas si nous l’ennuyons ou si elle est timide… vais-je réussir à percer le secret de la réserve suédoise ?

Notre deuxième guide d’appelle Shashi.

Je suis vraiment contente de l’avoir rencontrée. Si cette journée a été aussi riche, je crois que c’est une grande partie grâce à elle. Elle est impressionnante. Elle vit en Suède depuis un bon nombre d’année et elle parle parfaitement suédois (enfin elle le semble). Elle est avant d’être une étudiante en devenir d’enseignant, une artiste. Elle travaille la céramique, la feutrine, la mosaïque… et je ne sais quoi encore. Elle a toujours voulu travailler avec les enfants. Elle fait aussi le choix de travailler dans les écoles à population immigrante. Venant d’Inde et se considérant comme Indoue, je pense qu’elle peut comprendre beaucoup d’enfant issue de l’immigration. J’imagine à quel point ça doit être difficile de vivre au milieu des habitants de Gävle, qui sont nettement moins multiculturels qu’à Paris (pour simplifier : « qui sont blonds »).
Shashi nous a invités à manger chez elle. J’ai adoré son bagout et son franc parlé. Nous avons parlé de multiples choses, nous avons commencé à nous vanner, à faire des plans. C’était très intéressant, vraiment. Il y a des rencontres qui rayonnent, je ne trouve pas d’autres mots.
Après avoir fait notre traducteur toute la journée, elle nous a emmené dans l’école de sa fille (qui a 9 ans). Elle nous a fait rencontrer plein de monde, en commençant par des gens dans la rue (un monsieur très drôle venant du Cameroun, qui nous a parlé en français et on a dû le traduire à Shashi, les rôles s’inversent tout le temps ici). Elle nous a fait rencontrer des enseignants peut être plus représentatif des suédois que ceux choisis par Bengt (qui veut nous montrer le plus positif). Nous avons été accueillis à bras ouvert, assaillies de questions, les enfants (plus grands nous ont posé quelques questions en anglais). D’ailleurs, en passant je remercie notre professeur de suédois car nos 3 phrases apprises en cours nous ont bien servies (Je m’appelle Audrey, Quel est ton nom ? Je viens de France et toi ?). Nous avons vu vite fait des choses remarquables mais nous devons en voir plus (à la fin du mois de mars, ils nous attendent).
Dans cette école, nous avons eu un super guide : Emil, un enfant « handicapé » qui était tellement content de nous connaître qu’il a voulu tout nous faire voir. Pour nous expliquer, il a très vite compris qu’il lui fallait un traducteur : il a donc pris une maîtresse par la main, pour nous montrer sa place, la cuisine, la salle de jeux, ses copains, la salle de musique… super, il avait tout compris, c’est ça que nous voulions voir !!!
Enfin, de cette journée, je pourrais parler pendant des heures et je crois que je vais digérer encore beaucoup de chose. J’ai vu des choses similaires et d’autres complètements différentes de la France. Dans les choses similaires, je pense à :
- la communication qui peut se faire si on est réellement curieux et respectueux des autres
- un enfant reste un enfant partout dans le monde.
- Les enfants nous apprennent plus de choses qu’on ne leur apprend
- Que les enseignants peuvent très bien suivre les directives du gouvernement ou pas (en faisant ce qu’ils pensent le mieux pour les enfants).
Dans les grosses différences j’ai vu :
- que les suédois donnaient une grande importance au corps (à l’existence physique), avec des massages mutuels par exemple ou des jeux en extérieur.
Voici le récapitulatif du cours de massage, génial.

- Des matières considérés comme très importante comme la menuiserie ou la couture et le tissage (nous avons rencontré Emma, une enseignante en textile, c’est fou tout ce qu’elle pouvait apprendre aux enfants et cela de manière concrète).
Enfin, cette journée a été tellement riche, que je me sens épuisée, mais à la fois je suis tellement contente d’avoir tant appris. Cette semaine, je pars dans le même état d’esprit pour découvrir des écoles… je suis impatiente.